Le structuralisme de Barthes répondrait-il également à celu i de la pensée, en ce sens que l'analyse que le philosophe appliqua à la littérature et a fortiori à l'écriture, conviendrait au raisonnement ? La retranscription d'événements transcende par un mécanisme de réflexions issues de la pensée qui donnera toute son interprétation à l'écrit. Est-il possible d'envisager que penser revient à donner un sens à un événement quelconque ? Le raisonnement suit un schéma de logique qui repose sur une vérité par laquelle va s'établir la déduction événementielle. Le je pense donc je suis. Cogito ergo sum ! C'est-à-dire je suis capable de réfléchir à partir d'une pensée qui me fait opter pour une attitude systématique, provoquant une réaction comportementale dont les conséquences sont tributaires de cette pensée ! En très peu de définition : la responsabilité individuelle est entière quand on se situe dans la position où Lévinas place ce sujet. [...] Le fait simple de le penser implique une complicité avec l'idée que l'on émet sur un sujet quelconque ! Bref ! Nous sommes tous responsables et coupables non seulement de nos actes et de notre comportement, mais également de ce que nous croyons maintenir caché : la pensée ! Les conséquences sont irréversibles dans le sens où elles entrainent toutes sortes d'actes attentatoires et préjudiciables à la personne. La syntaxe dont Barthes étudia le fonctionnement dans la structure de la langue, ce bienfait grammatical qui permet à la langue française en l'occurrence, de déplacer les mots au gré de la pensée, donnant à l'expression plus de persuasion et d'illustration dans l'évocation ; la syntaxe, donc, fut le propre de la sophistique grecque qui enjolivait les mots pour édulcorer la phrase, à dessein de persuader l'adversaire, ou bien, simplement la personne que l'on voulait convaincre du contraire de la vérité ! Les hommes politiques sont les principaux adeptes de cette pratique qui, autrefois, faisait l'objet d'une classe que l'on appelait : "rhétorique". C'est Platon qui dans son Gorgias en donne la plus évocatrice réalité en opposant Socrate défenseur de la rhétorique et Gorgias de la sophistique. Les figures de style que nous utilisons systématiquement de façon inconsciente font partie de cette étude indispensable aux Lettrés et notamment à ceux qui, jadis, prétendaient au titre de littérateur (voir Diderot : "les Humanités"). Les tropes intègrent les figures de style et de pensée dont font grand usage les politiques en appréhendant les réactions intellectuelles qui en découleront. Sur France culture, le matin, Bernard Slama manie adroitement cet outil du langage pour traiter tous les sujets d'actualité à la faveur des invités de l'émission. Le résultat escompté est renversant, quand on assiste à l'acquiescement de l'auditoire face à la vérité raisonnée ! "Je pense donc je suis" : "Discourt de la méthode" ; premier écrit en français pour une compréhension générale ; sous forme de récit, il ne présente pas de difficulté particulière. Le thème de la vérité inclus le doute par lequel la vérité apparaît ! C'est d'ailleurs le doute qui permet de confiner à cette vérité dont il faut douter judicieusement ! La passion de l'authenticité qui était le propre de Sartres donna naissance à l'existentialisme par lequel l'être se révèle être ce pour quoi il est fait et ce pour quoi on le destine. Il y a quelque chose de commun entre Levinas et Sartres ou du moins la pensée philosophique de ces deux maîtres à penser : l'individu pris comme vecteur de sa propre existence. En culpabilisant l'individu pour ses actes pensés et réfléchis en lui imputant la circonstance atténuante due pour la seule valeur que son entité représente, ces auteurs l'ont libéré d'un joug qui l'aliène à sa servitude perpétuelle devant le conditionnement sociétal ! Est-ce pour cette raison que dans son ensemble la responsabilité de chacun est reconnue par tous ? La part d'innocence existe par le doute qui peut survenir dans l'hésitation de la culpabilité individuelle de tous ! Comprendre c'est ne point juger disait le sage car juger c'est ne pas comprendre ; mais le jugement est systématique et appartient à un fonctionnement effectivement structuraliste de la pensée, puisque il fait l'objet de pratique permanente pour apporter une éventualité toute subjective, certes, de la pensée. La remarquable preuve d'un tel phénomène réside dans un quotidien riche en exemples majeurs dans l'authenticité des faits qu'il véhicule au profit de la pensée ; traduisant parfois la pauvreté d'esprit incarnée. Jean CAnal.
« La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable », nous dit Charles Baudelaire.
A) Le courant esthétique formaliste développé par Greengerg s'affubla de l'identité "Modernism" pour traduire une réalisation plastique qui convoite plus l'actuel et le contemporain que cette propension à la césure entre le passé et le présent. Supplantée par la création maitresse de l'artiste talentueux qui a transcendé l'espace temps circonscrit dans la forme conceptuelle de l'art, la modernité s'est éteinte avec les préceptes de l'écriture rimbaldienne (la lettre dite du voyant) qui fit avorter les courants surréaliste, dadaïste puis cubiste dans leur tentative d'exprimer cette modernité dont il s'attribuèrent la paternité, à titre d'avant gardes. Hormis Marcel Duchamp qui ressentit le besoin ineffable de recomposer l'espace au moyen d'éléments matériels, puisés dans les rebus de la société de consommation de l'époque, les quelques soubresauts expressionnistes ne firent qu'ébaucher le désir d'émancipation de l'art ! La phrase poétique d'Arthur Rimbaud : "Il faut être absolument moderne" sur laquelle ont glosé les exégètes de l'art, ne trouve aucune interprétation concrète de la signification de la modernité en son temps !
Elle existait déjà au temps des classiques avec "la querelle des Anciens et des Modernes" qui étaient considérés comme des néo écrivains s'étant écartés de l'ornière traditionnelle de la pratique de l'art quelque peu académique !
Déjà, le moyen âge l'avait citée (modernitas) en préambule de la révélation de découvertes n'appartenant plus au passé (antiquitas), sans pour cela comprendre le sens du mot qui soudainement surgissait d'un vocabulaire inachevé dans sa lexicographie. Certains signes annonciateurs du changement qui encourait durant des époques strictement différentes traduisirent ce mouvement mal défini dans l'esprit ; puisque d'aucuns attribuent l'arrivée de la modernité à la fin de la période de l'Humanisme d'Erasme, de Budé et D'Etienne Dolé et tant d'autres à la Renaissance italienne éclose, en la faisant correspondre soit à la fin de l'empire d'Occident avec la prise de Constantinople par les Turcs en 1453, soit en pleine Révolution française de 1789, quand les Lumières éclairèrent le peuple d'une faible lueur de savoir et connaissance apportant ainsi un semblant de "renouveau" dans l'existence même.
Un signe cependant pourrait être révélateur de la définition de la modernité ; celui de l'anormalité dans la création. C'est ce que les artistes toute tendance confondue se sont évertués de réaliser de façon naturelle, sans chercher à le produire mais dirons-nous poussés par un désir ou une volonté d'accoucher (la maïeutique de Socrate) de leur art en gestation, et cela que ce fût à travers l'écriture, la peinture, la sculpture et aujourd'hui l'art conceptuel ou bien dit contemporain. Les œuvres ayant succédé aux œuvres, il y a pléthore dans la production artisanale qui submerge les lieux d'expositions tant convoitées par des artistes non accomplis dans un art en permanente évolution et qui souvent les dépasse. C'est ce critère, semble-t-il, qui caractériserait le plus la notion de modernité : le progrès aidant à la réalisation de cette composition de matières organiques dans une forme toute singulière qui serait le fruit de l'aspiration de l'artiste.
Les questions récurrentes qui reviennent dans l'esprit des spectateurs initiés posent le véritable problème de la signification de l'œuvre, si tant est qu'elle dût en avoir. Présenté comme l'accomplissement d'une recherche intellectuelle et rarement spirituelle qui peut néanmoins être le résultat de la spontanéité, ce travail de recherche fondamental pose les principes d'une nouvelle expression avant-gardiste par rapport au passé qui, déjà, se détache de cette notion moderne. Chaque époque, en effet, tenta de se situer dans la modernité par rapport à une autre époque ayant elle-même essayé de s'inscrire dans une quelconque modernité péremptoire dans son application.
B) La citation de Kandinsky dans son traité est à relativiser dans un contexte, ici détaché de la définition faite par l'auteur qui revient régulièrement sur une espèce d'éthique de l'artiste vis-à-vis de l'art qu'il s'assigne ; éthique et non procédé unique moralisant le travail de composition : "Tous les procédés sont sacrés s'ils sont intérieurement nécessaires. Tous les procédés sont péchés, s'ils ne sont pas justifiés par la nécessité intérieure."
"Chaque 'centre d'art' voit vivre des milliers et des milliers d'artistes de ce genre dont la plupart ne cherchent qu'une nouvelle manière et fabriquent sans enthousiasme, le cœur froid et l'âme endormie, des millions d'œuvres d'art." Kandinsky (Du spirituel dans l'art et dans la peinture en particulier).
C'est en partant des lectures de cet ouvrage que nous essayerons d'élaborer notre point de vue, critiquable. Nous ne pouvons pas faire abstraction de la réflexion pertinente de Kandinsky qui prélude en quelque sorte à l'art nouveau que nous connaissons en lui permettant de se situer par rapport aux exigences, sans lesquelles il ne peut prétendre à exister. La représentation égocentrique de l'art plus précisément conceptuel atteste de la volonté de signifier une existence propre de son identité matérialisée par l'objet lui-même, illustrant et incarnant la personnalité de chacun (c'est là, la force de l'art) ! L'a proximité ou ce que l'on devrait appeler l'a peu près ne convient pas aux ébauches attendues pour la réalisation de cet art moderne ; puisque c'est de lui dont il est question ! les risques qu'il encourt par une pratique aléatoire de sa conception reposeraient sur l'expression du moi transcendé en un universel tronqué de sa partie fondamentale que l'esprit insuffle à l'inspiration créatrice ! C'est pour nous et semble-t-il pour le maître une notion indispensable sans laquelle il ne peut y avoir d'art ! Les pastiches conçus sous des formes éclectiques évoquant une certaine sensibilité humaine ne sont pas tous au rendez-vous du talent ; pour ne pas dire génie ! Le choix de "montrer" un travail artistique qui plus est plastique ne doit en aucun cas épouser l'idée du consensus avec le matérialisme dont l'artiste tire les matériaux indispensable à son œuvre. L'essence même de son œuvre doit puiser ses ressources dans les sensation auxquelles Kandinsky fait si judicieusement référence, en parlant du spirituel et de la sensorialité.
Jean Canal réflexion sur l'art contemporain.
Les grandes aventures seraient-elles encore celles de l'esprit ? Revenons sur des thèses philosophiques, comme le personnalisme qui fut à l'origine du mouvement constitué par les partisans de la revue Esprit, citée dans les émissions de France Culture que vous écoutez peut-être. La référence intellectuelle dans le monde rédactionnel existe toujours ; nos intellectuels œuvrent pour extraire des problèmes actuels une solution qui, hélas !, (et vous l'avez compris) est soumise aux avis des politiques économiques ! Peut-on faire sans cette conjugaison des genres qui régit notre existence ? Oui à l'unanimité ! Les modèles de pensée ne firent que nous mettre en garde contre nous-mêmes ; de ce dont nous sommes capables dans l'interprétation du manichéisme défini par la notion de bien et de mal ! A priori nous avons dépassés les limites de l'entendement qui nous ferait prendre conscience de notre état ; tout autour de nous, le monde mis à nu le démontre : un conflit continu semble tenir les hommes en servitude ! Quand l'apaisement semble poindre au fil de l'actualité, une population surgit, manifestant un élan de liberté dans la révolte. Nous crûmes que la conquête de notre individualité allait nous libérer de l'asservissement de l'autre ! Dépendant d'un système de fonctionnement auquel nous appartenons entièrement, c'est-à-dire du conditionnement dès la naissance par l'appareil scolaire, puis dans le monde du travail devant impérativement observer des règles et enfin vis-à-vis de la société qui exige un certain conformisme, nous perdons au fur et à mesure que notre potentiel de réflexion diminue, notre propre liberté ! Bien entendu, le discours politique encensé par les médias qui dans leur rôle d'informateur sont tenus de transmettre une vérité toute relative à l'actualité, eh bien, ce discours suit l'orientation de raisonnement par lequel toute la(les) société(s) réagira pour prendre non seulement des décisions communes, mais, et c'est ici que la gravité est à son apogée, individuelles ! On constate, en effet, que la part personnelle dépend de celles des autres sans lesquels le sujet premier n'existe pas, dans cette société. Sans ce compromis intellectuel s'entend, il leur est pratiquement impossible d'exister au sens pluraliste du terme, comme l'entend la plupart. Cette fabrication de la pensée, car c'en est une, a fini par avoir une incidence sur le comportementalisme général, lui-même enclin à péricliter dans sa durée ; c'est peut être le seul point positif qui nous permet d'espérer un sursaut dans la réaction spontanée de ces peuples en quête permanente d'identité ! Paradoxalement, la réactivité sous toutes ses formes est fructueuse en action bénéfique pour un changement ! Oui, mais lequel ? Engluées dans la bioéthique et l'économie, les sociétés seront tenues de présenter des résultats satisfaisants pour obtenir un satisfécit qui légalisera leurs actions, quelles soient bien ou mal ! Salut Jean Canal