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Chaque jour, je languissais du lendemain. Ne sachant pas de quelle substance de vie il serait constitué, sous qu'elle forme il se présenterait et par quels éléments il composerait son commencement, pendant longtemps j'ai cru qu'il n'existerait plus et, qu'en fait, il était advenu le fruit de mon imagination, comme on finit par se faire accroire que l'état dans lequel on se trouve est une décision du sort dont l'impartialité résigne l'être à accepter sa condition, et cela non pas par défection devant les vicissitudes de l'existence, mais tout simplement par l'abnégation des autres au profit de soi !

Ce matin-là, néanmoins, j'avais pensé aux autres, en les aimant, cette fois-ci.

On m'avait toujours dit que de telles situations ne peuvent durer éternellement, et que lorsqu'elles s'abrègent, un regret les accompagne à terme.

De regret, je n'avais que celui légué par le temps, ce temps que j'avais combattu, contre lequel je luttais présentement, avec des efforts considérables et une quiétude inébranlable !

J'avais toujours retenu des Grecs une espèce d'adage philosophique, lequel me fut livré par le maître ; ce maître émérite de la Sorbonne, maître qui m'enseigna la vie sans école...

« Être juste, c'est subir l'injustice, plutôt que la commettre. »

J'avais pesé les mots, j'en avais discuté avec quelques professeurs éclairés, et je m'étais fondé ma propre morale ; car, je n'avais trouvé personne qui pût répondre à mes questions.

Camus avait écrit « Les Justes » ; « Les Lumières » l'avaient, d'ores et déjà, éclairé d'une façon sémantique, mais le mot « juste » ne se prêtait guère à une analyse circonspecte, relevant d'un zèle digne d'un Grammairien !

Quoi qu'il en fût, moi j'avais compris comment aboutir à la concrétion de mes idéals, lesquels reposaient dans l'épanouissement de soi ;chose a priori évidente, mais irréalisable de fait !

Alors pour ne point assister à l'échappée du temps, et surtout pour ne pas avoir à mesurer consciemment la gravité des circonstances qui faisaient s'atténuer la volonté de vivre, je m'étais dit qu'il fallait songer sérieusement à mourir ! Et pour m'y conforter, pour que je pusse convaincre ma conscience de sa culpabilité entière, je m'étais à nouveau jugé à ma grande défaveur. 1984

Extrait de : "A l'ombre des barreaux." de Jean Canal, auteur aux Editions : link

 

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