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IMG_6407---Copie.JPGElle était maintenant dressée face à la fenêtre qui donnait sur la place. La pluie tombait avec abondance. Nous étions mercredi 13 juillet 2011 ; c'était le début de l'après-midi. La température était clémente et l'atmosphère légère comme un printemps. Je l'avais invitée au restaurant du bourg d'où nous venions, pas tout à fait à une quinzaine de kilomètres de distance entre l'endroit où nous nous trouvions, alors.

« Viens, Poète, je vais te faire découvrir un bouquiniste exceptionnel, » m'avait-elle dit, cherchant à me faire plaisir. Je la suivis, dans son véhicule qu'elle conduisait avec dextérité. Lentement sur la route où le paysage défilait sous nos yeux émerveillés, nous formions persque un couple ; tout en sachant que rien de très sérieux ne s'était passé entre nous.

« C'est beau par ici, » lui dis-je, alors que nous roulions à une allure raisonnable. Découvrant une campagne ancienne, encore préservée de la modernité urbanisée, nous pensions sans doute inconsciemment à une vie à deux, tellement nos émotions concordées. Je voulais l'embrasser. Je le fis, doucettement... Elle garda le silence un long moment, puis reprit : 

« Je ne sais pas pourquoi, mais en franchissant le bourg du restaurant, j'ai toujours l'impression que nous arrivons ailleurs..., vers une terre inconnue. »

« Je ressens cela aussi. Un ailleurs nouveau ! » lui répliquais-je.

Après s'être arrêtés sur l'immense place entourée de bâtiment aussi prestigieux les uns que les autres tout autant différents, nous fîmes une promenade dans les rues et ruelles pour se repérer. De la place, tout le bourg se percevait distinctement. La départementale qui le traversait accusait un trafic routier moyen, mais suffisamment constant pour nous rappeler que cette voie routière servait encore de nombreux itinéraires départementaux.

 

Nous passions la porte du bouquiniste, assis à gauche d'entrée, dans une espèce de recoin, d'où il observait les allées et venues de sa boutique et voyait les gens arriver de l'extérieur, à travers la fenêtre. Il avait fallu enjamber quelques marches pour pouvoir pousser la porte de l'écoppe.

« Viens » m'avait dit la Belle, en me prenant la main pour me montrer son trésor.

« Il y a un étage et un sous-sol », continuait-elle. Lorsque tu te déplaces le chat te suit, partout où tu vas. »

 

A l'étage, les éventuels livres que je recherchais, étaient disposés en rayon, sur plusieurs étagères, ainsi qu'au centre de la pièce, partagée en couloirs, avec des étals disposés en son milieu.

 

Nous n'étions que tous les deux. Quelques personnes s'agitaient en bas d'où nous parvenaient les brouhahas de conversations éparses que le bouquiniste entretenait avec sa clientèle.

 

« Tu trouves ce que tu veux, Poète, » me demanda la Belle !

Deux tomes d'Hérodote m'apparurent, éditées chez Jean de Bonnot tranchés à la feuille d'or ; je regardais la page de garde : 30 euros étaient inscrit au crayon à papier.

« C'est un peu onéreux pour moi, » me dis-je, à voix basse. Je discuterai le prix. Puis une biographie résumée brièvement sur Mounier, le fondateur de la revue Esprit. Il y avait également des ouvrages de la Pleiade et des Budés : dans cette dernière collection deux tomes sur Xénophon, l'Anabase me firent envie ! Mais les comptes vite établis se chiffrèrent à soixante euros ! En plein mois de juillet... l'argent se dépense en d'autres centres d'intérêt.

 

Elle était toujours droite devant la fenêtre, feuilletant quelque livre et passim. Je la sentais proche de moi ; prompte à désirer mon affection, puis mon amour. J'avais de l'amour à donner, à foison ; autant que ce soit elle qui en profite. Je m'avançais à pas feutré vers elle. Une fois complètement contre son dos, ayant regardé par dessus son épaule ce qu'elle était en train de feuilleter, j'osais lui dire doucement, sans trop la brusquer :

« Tu trouves ton bonheur, mon petit cœur ? »

Elle sourit et en se retournant vers moi, me répliqua :

« Et toi, Poète ? »

« Moi, je viens de le trouver. »

« Ah bon ! Fit-elle l'air étonné. Et c'est quoi ? »

« C'est tout simplement Toi, mon petit cœur... »

 le-livre-copie-1.jpg

Épilogue.

Le bouquiniste me fit un prix pour les deux ouvrages sur Hérodote et ne baisssa pas le montant de celui sur Mounier, trois euros. Je regrettais de n'avoir pas pu acheter Xénophon et quelques autres... notamment celui que je cherche depuis des années, en espérant le décovrir sur un étals, là, abandonné, parmi tant d'autres : Jacques Rivière "Aimée", un des plus intenses romans d'amour que la littérature ait connu, avec "La Belle du Seigneur" et "Aziadé" ; mais je reviendrai, bien évidemment, avec Elle.

Jean Canal juillet 2011

 

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