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Adieu, ô Toi ! Elle était petite, à la mesure de la passion qu'il voulait lui vouer. D'une beauté humble, sans aucune insolence dans le caractère, comme il les aimait, elle s'était distinguée par sa simplicité. Le visage oblong, les yeux couleurs "automne", comme il lui avait dit, la toute première fois lorsqu'ils se virent :

 

"Vous avez les yeux de la couleur de l'automne, mademoiselle."


Elle en avait souri, sans dire un mot ; mais en le devisant suffisamment longtemps pour qu'il comprît l'intérêt qu'elle avait d'ores et déjà pour lui.

 

C'était loin dans sa mémoire, mais pas dans la sienne. Elle se souvenait de tout, dans les moindres détails. Son côté gauche, ses manières étranges de présenter les idées, son vocabulaire original, son charme primesautier resté adolescent et surtout sa maladresse naturelle qui ne plaidait jamais en sa faveur ; critères par lesquels elle avait été séduite. Oui ! Tout cela était maintenant très loin, dans sa mémoire !

 

 Elle eut soudainement une sensation d'apaisement, une espèce de quiétude qui vous monte dans l'âme, parcourant votre corps, après l'avoir éprouvé. Elle rencogna ses sanglots, mais en vain ; les larmes ruisselèrent sur ses joues incurvées, entrainant avec elles une partie du maquillage qui colorait sa peau. Le trait de crayon noir qui soulignait la couleur de ses yeux d'automne, se dissolvait avec la couleur de son maquillage, formant une esquisse picturale sous ses paupières ouvertes et fermées par l'intense émotion ; car elle était en profonde tristesse. Elle ferma volontairement ses yeux pour ne pas le voir de nouveau, ou précisément pour revoir les moments merveilleux de leur amour. Le regard soudainement vague, songeur presque, elle forma un frêle sourire sur des lèvres qui n'avaient pas connu de baisers, depuis des années. Elle semblait se dire, uniquement à elle-même et pour elle seulement :

 

" Et cette vie heureuse que tu me promettais ?! Cet amour infini dont tu me parlais sans cesse en me jurant que tu n'aimerais jamais que moi ! Et cette sensation de s'appartenir ! Et cet enfant que je désirais tant et qui ne vint jamais ! "

 

 Le foulard recouvrait sa chevelure brune sur la partie inférieure, tombant sur la nuque, laissant ainsi apparaître les jolies mèches de devant. Elle s'était intentionnellement apprêtée du tailleur qu'elle portait, lors de leur première rencontre ; comme si elle voulait une dernière fois le séduire, attirer son attention, voulant exprimer l'attachement qu'elle lui portait toujours, malgré la fin de leur amour. L'anneau de leur mariage cerclait toujours son index ; elle n'avait pas voulu s'en séparer. C'était pour elle une marque de fidélité, en hommage à cet amour : cet amour auquel elle avait cru, en désespoir de cause, en dépit de tout, y compris d'elle-même. Les mains délicatement posées sur ses genoux, les doigts entrelacés semblaient comprimer son angoisse qui l'étreignit intérieurement ; elle était maintenant rêveuse et sereine d'avoir vécu ce grand amour ; peut-être celui qui alimentera les jours encore à vivre. Au tréfonds de ses entrailles, elle l'aimait toujours ! C'était le seul qu'elle aimât ! Le seul qui courait encore dans ses veines ; celui pour lequel elle aurait tout quitté pour le suivre. C'était banal ! Mais chez elle, ce sentiment d'appartenance était singulier. Elle se sentait être une véritable partie de lui-même, sans laquelle elle ne pouvait exister. Tournant la tête vers lui, l'incitant à lui faire face, elle le regarda profondément dans les yeux, comme pour lui faire comprendre que c'était leur dernière rencontre ; la dernière fois qu'ils se retrouvaient pour en finir avec eux-mêmes. Il prononça quelques mots avant de s'en aller, tout en refermant les yeux pour la dernière fois : "Je t'aime, tu sais !"

 

Même dans la sincérité, plus rien ne pouvait la retenir. Elle avait décidé de le quitter. C'était mieux ainsi !

 

"A souffrir pour souffrir, je préfère rester seule ; quand bien même la douleur est immense. L'amour n'existe plus et d'ailleurs, il y avait longtemps que je n'y croyais plus... Je vivrais donc sur mes souvenirs et avec eux, comme si ils eussent été ma seule raison de vivre..."  (extrait)Jean Canal 07/06/2011.

 

 

 

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