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220px-Gerda_Taro-Anonymous.jpgSouvenir de guerre.

"D'après une idée survenue à la suite de la visite au musée à Arles, de l'exposition photographique consacrée à Capa : "La valise mexicaine."


Gerda était assise face à la machine à écrire, en train de rédiger l'article de presse que la revue « Regard », pour laquelle nous travaillions, attendait.

Nous étions en 1937, à Valence. La guerre d'Espagne n'en finissait pas de comptabiliser les victimes civiles : les Espagnols s'entretuaient, avec la complicité du fascisme italien, de la participation nazie et le refus de la France de rentrer dans le conflit. La veille une attaque aérienne des nationalistes avait sévi sur la ville tuant des centaines de personnes civiles et militaires, sans distinction pour les habitants ; qu'ils fussent pour ou contre tels ou tels partis ! Parmi cette hécatombe à laquelle nous avions fini par nous habituer, Gerda, Capa et moi, le général Pavol trouva la mort ! Des obsèques grandioses lui furent rendues. A cette occasion, ne manquant jamais aucun événement du front, Capa prit quelques clichés. Le développement ne pouvant se faire sur place, nous les envoyâmes incontinent via un avion civil de ligne, à Paris, à l'agence. La première page du magazine fut couverte de scènes montrant des femmes levant les yeux au ciel, d'une photo en médaillon du cercueil du général et de quelques autres clichés relatant le conflit.

 

Gerda venait de terminer son article. Elle s'appuya sur le dossier du fauteuil. Alluma une cigarette. Souffla la fumée en intimant une décontraction satisfaisante qui traduisait la qualité de son article. Elle le relut, en savourant ce tabac qui l'enivrait. Elle se leva, s'avança vers moi et me dit :

 

« Je t'aime, Toi ; tu sais ?! »

Elle posa lentement alors ses lèvres sur les miennes et me donna un baiser que je n'ai jamais oublié.

 

Après un temps de silence, c'est moi qui repris les mots là où elle les avait laissés :

 

« Moi aussi, je t'aime ! »

 

Gerda était d'une nature intelligente, sensible et déterminée dans la propension des idéaux que nous défendions tous les trois. Elle était tout simplement empreinte de pureté. C'est pour cela que je l'aimais.

Elle mourut la même année de notre amour, en juillet 1937, à l'âge cruel de vingt-sept ans.

 

Jean Canal souvenir de Arles, juillet 2011

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