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Personne ce jour-là, dans le café du village où il ne venait que très rarement. Pourtant, il espérait rencontrer toujours un être quelconque doté de raison avec lequel il eût fait un brin de causette ; histoire de parler de la pluie et du beau temps. D'ailleurs, la pluie était annoncée pour le lendemain : la pluie, lui, il aimait ça ! Personne attablé, pas même la serveuse qui était occupée à préparer des victuailles en arrière salle du comptoir. L'apercevant qui arrivait vers lui, il lui présenta ses respects du matin.

"Bonjour, mademoiselle !"

"Bonjour, monsieur."

"Vous pourriez me servir un café noisette, s'il vous plaît ?"

"Tout de suite", avait répondu la serveuse, empressée. Elle était très active, s'affairait à des tâches du service matinal. Le café était vide à l'intérieur mais fréquenté en terrasse où quelques femmes étaient assises, discutant de chose et d'autre. Il sentit l'instant de prendre une photographie de l'emplacement où il s'était provisoirement installé, pour quelques minutes à peine.  La photo fut alors instantanée ; pas plus de deux clichés suffiraient à mémoriser cette nature morte illustrée par la tasse seule, avait pensé le photographe venu offrir une photo prise, il y avait de cela très, très longtemps ; au temps où il était amoureux fou d'une jeune violoncelliste vivant non loin d'ici.

Tandis que la serveuse lui apportait sa noisette, il lui demanda si elle connaissait la personne qu'il recherchait et qu'il espérait revoir :

"Je cherche une personne qui habitait ici, autrefois, vous la connaissez peut-être ; elle était violoncelliste. Vous pourriez m'aider, je vous prie, c'est très important. Il en va de ma vie !"

Avec étonnement, la serveuse toisa le vieil homme qui semblait presque à la fin de son voyage terrestre.

"Je voudrais lui remettre une photographie que j'avais prise d'elle."

"Connaissez-vous son prénom ou même son nom ; cela m'aiderait d'avantage."

"Oui, bien sûr ! Elle se prénommait Grid. C'était la fille la plus jolie du canton et de la région. Et à l'époque, je disais à qui voulait bien l'entendre qu'elle était la plus belle fille que je n'avais jamais recontrée dans ma vie. C'était aussi la plus intelligente. Je crois qu'elle était un peu timide. mais bref ! Cela vous dit quelque chose ?"

"Je vous avoue que je n'ai jamais entendu un prénom pareil ! Etes-vous certain qu'elle habitait par ici ?"

" Oui, j'en suis sûr ! Elle vivait seule quand je l'ai rencontrée pour la toute première fois. J'étais déjà plus âgé qu'elle ; c'est ce qui me gênait. Vous comprenez. J'éprouvais de la honte à mériter un tel amour tombé du ciel ! Elle avait les cheveux d'or que le soleil faisait briller dans la lumière du jour. Ses yeux miroitaient toute l'intelligence humaine. Je ne me lassais jamais de contempler son visage, lorsqu'elle donnait des concertos pour violoncelle. Partout où elle se produisait, je la suivais, faisant parfois mille kilomètres, uniquement pour la voir, Elle ! C'était de la contemplation pure".

"Pourriez-vous me montrer la photo que je voie son visage ?"

"C'est une photo prise de dos. On ne voit que ses soyeux cheveux blonds noués par une pince en forme de papillon."

Il sorti la photographie grang format de l'enveloppe, la montra à la serveuse en rajoutant une remarque qui en accompagnait la lecture :

"Elle est jolie, n'est-ce-pas ?"

"Mais on ne la voit que de dos ; ou plutôt de trois quarts. Comment voulez-vous que je la reconnaisse. Pourtant, il me semble avoir déjà vu ce visage... mais, c'était il y a très longtemps, sans doute ; trop pour que je me souvienne avec précision qui c'était, dit la serveuse qui écoutait le viel homme, depuis maintenant dix minutes. Vous l'avez réellement aimée ?"

 

"Oui comme jamais je n'avais autant aimé quelqu'un. Et je l'aime toujours, avec la même intensité. Mon amour pour elle n'a jamais faibli ; malgrè les maitresses que j'avais à l'époque pour me changer les idées."

"Je suis désolée de vous décevoir, monsieur, mais je peux vous assurer qu'il n'y a pas de personne dont vous me faites la description, vivant ici, termina la serveuse."

Le viel homme était à l'article de la mort ; mais rien ne le révélait. il ne lui restait que quelques jours à vivre. C'était la fin de son voyage terrestre. Il avait vécu le restant de sa vie, en pensant à elle. Il lui avait consacré plusieurs ouvrages publiés. Le plus extraordinaire était cette description personifiée qu'il avait faite d'elle, comme si réellement, ils s'étaient aimés. 

Jean Canal

 

 

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